J’embarquais sur le sous marin Requin
au moment même où nous apprenions que le sous marin Minerve ne donnait plus
signe de vie. Il avait transmis son dernier relèvement le 27 janvier 1968 au
large de Saint-Tropez et depuis plus d’informations. Suivant les procédures
d’usage, après un certain nombre d’heures, les recherches étaient lancées,
d’abord l’aviation et les bâtiments à proximité immédiate, puis peu à
peu toute l’armada s’est mise en route pour tenter de retrouver ces malheureux.

La Minerve en surface et son emblème ( Archive perso ).
A peine embarqué, je partais donc en mer avec première mission de rechercher un sous marin n’ayant pas signalé sa présence depuis la veille ou l’avant veille. Ce dont je me souviens, c’est ma première plongée qui eut lieu le 30 janvier 1968, c’est-à-dire, 3 jours après la disparition de la Minerve. L’ambiance à bord était morose, c’était normal étant donné les circonstances. C’est dans ces conditions exécrables que j’effectuais ma première sortie en mer. Ce qui devait être une fête se transforma en calvaire. Je n’avais qu’une hâte, c’est de rentrer à quai pour me ressourcer, pour reprendre de l’oxygène. En effet, je venais, pour la première fois, de vivre en milieu clos avec de l’air vicié à respirer avec cette odeur très iodée un peu particulière. Mais on s’habitue à tout et, à peine amarré à quai, j’attendais déjà ma prochaine sortie. J’entrais doucement dans ma vie de sous marinier.
Ma fonction me permettait d’apprendre
très rapidement qu’une torpille Z13 surnommée « Blanchette » présentant
un défaut d’isolation devenait très dangereuse pour le bâtiment et nous
allions très bientôt procéder à un tir réel sur une gabarre à moitié coulée
au large de Porquerolles.
Mon premier embarquement est riche en événements
dramatiques et me permet d'entrer très vite dans le vif du sujet. A mes
souvenirs, la torpille « Blanchette » fut tirée à une distance de
1600 à 1800 m et a atteint son but en terminant de couler la gabarre. Elle
emportait une charge de 300 kg de tolite, un puissant explosif qu’il vaut
mieux manipuler délicatement et voir exploser au loin.
Le compartiment avant du sous marin
Requin permettait d’embarquer 20 torpilles (6 dans les tubes avant et 14 sur
des berceaux spécialement aménagés).
Mon séjour sur ce sous marin fut très vite abrégé car, suite à une sortie mémorable avec quelques marins américains de l’USS Blenny, je manquais un appareillage pour une sortie en mer très courte certes (6 ou 8 heures) mais suffisante pour notifier mon débarquement immédiat. Aie, Aie, Aie…


Les vestiges de cette folle équipée, un maillot et l'insigne de sous-marinier
US échangés avec un QM de l'USS BLENNY..
Il s’en suit une période de non
embarquement de près de 2 mois, puis vint enfin... l'ordre d’embarquement sur le sous marin DORIS.